vendredi 24 septembre 2010

LES BESTIAIRES

Vivre le message de l’art médiéval nécessite une autre perception que celle dont nous usons habituellement.
Les bâtisseurs du moyen âge soulignent que pour découvrir l’univers il faut d’abord se connaître et reconnaître le cosmos en soi. Pour cela l’homme doit vaincre sa propre inertie ou comme le soulignait Rabelais « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Seul l’irrationnel va directement à l’essence même des choses car il ne va pas se perdre dans les détours stériles du raisonnement et s’adresse directement au cœur de chacun. C’est pour cela que le symbole est universel et dépend dans sa compréhension du niveau de conscience de chacun. Le compagnonnage est un idéal qui permet de maîtriser le savoir et le faire dans une communion mystique, ou la part est donnée à l’œuvre et non a celui qui œuvre ; car ce dernier le fait dans une conscience collective du bien faire.
Dans les rites et coutumes du moyen âge les gens se déguisent souvent ou s’assimilent aux animaux en revêtant leurs peaux, non pour se substituer à l’animal lui-même mais pour capter l’énergie de cet animal. C’est une part de l’animisme qui surgit de l’inconscient de l’homme afin de le transformer.
Le symbole du basilic, cet animal qui pétrifie par son seul regard est un exemple frappant du symbolisme véhiculé par des gens qui connaissaient les vertus de l’image et de l’allégorie. En effet l’homme sage, pour pouvoir regarder l’animal devra le faire à travers un miroir. Ce symbole admirable nous fait comprendre  la nécessité de transparence face à la nature. Le message est clair, pour pouvoir recevoir les secrets de la nature il faut d’abord se préparer afin de savoir s’y prendre.
Les sources de la représentation animale :
Le Moyen Age vénérait le savoir de l’Antiquité classique à propos des animaux. Les érudits médiévaux copiaient et étudiaient les traités gréco-latins sur la médecine des humeurs, l’astrologie et l’astronomie, les plantes, les minéraux et le monde animal.
-          Animal totem d’abord, les tribus s’accaparaient des vertus ou qualités des animaux afin de trouver en eux une    forme de conduite. C’est la civilisation chamanique.
-          Les ivoires arabes et les tissus orientaux. En Syrie, en Mésopotamie, en Egypte, les chrétientés orientales avaient recueilli un héritage iconographique à partir duquel elles ont défini leur propre langage. En outre, les musulmans sont aux frontières de l’art roman et les contacts sont fréquents dans le royaume de Jérusalem ou en Espagne. Les artistes en ont retenu deux traits principaux : la géométrisation de formes et le traitement filigrané de la plastique.
-          Les manuscrits anglo-saxons et irlandais. Ces derniers ont reçu des moines d’Egypte des éléments iconographiques. L’Irlande et le Continent ont entretenus d’étroites relations pour la diffusion du monachisme, mais aussi dans le développement de l’art carolingien, ce qui n’est pas sans conséquence dans les origines de la sculpture romane.
-          Les Bestiaires, enfin, histoires allégoriques d’animaux fabuleux qui pullulent au Moyen Age. Les auteurs y créent une faune mystique où se mêlent animaux réels et imaginaires pour représenter allégoriquement les vertus, les vices, les passions ou illustrer l’histoire des Saints et du Christ. Dans l’introduction du Bestiaire Divin de Guillaume le Clerc , on peut lire : " Ce livre nous montre la nature et les mœurs des animaux, non pas tous, certes, mais d’un grand nombre ; on y trouvera une abondante matière à la réflexion morale, et des passages riches en enseignement théologiques. 
 L’imagerie animale :
Parmi les animaux représentés par les imagiers, on peut distinguer :
-          les animaux familiers que l’on rencontre sur les scènes de chasse, de guerre ou de voyage, les travaux des mois, les représentations de fables ou d’histoire tels que l’ours, le cerf, le paon, la chouette, le serpent, la tortue, le crabe.
-          les animaux exotiques comme le lion, l’éléphant, le chameau, le crocodile, l’aigle, l’autruche ou l’ibis
-          les animaux fantastiques : griffon, aspic, basilic, licorne, centaure, sirène, satyre, sciapode, hippopode
Symbolisme du bestiaire médiéval :

La nature faisant partie de l’harmonie universelle, au-delà de leur valeur décorative, les animaux ont une signification symbolique.
Le Moyen age a conçu l’art comme un enseignement et l’on ne peut comprendre une grande partie de sa culture sans déchiffrer son riche langage symbolique. Entreprise ardue, car certains animaux ont des caractéristiques naturelles qui leur permettent de représenter tantôt le Christ, tantôt le Diable. Lorsqu’ils s’inspirent d’animaux réels, les artistes les transforment jusqu’à les rendre méconnaissables, avec cependant une grande précision dans le détails des pelages, plumages, griffes, becs ou queues.
C’est une cours céleste qui ne se matérialise pas, qui représente un but à atteindre dans l’Au-delà. Il n’est, dès lors, nul besoin de la représenter de façon réaliste, puisque seul importe son caractère surnaturel. L’art participe à l’élan de ferveur de la chrétienté comme moyen d’élévation des âmes.

Les symboles du Christ sont nombreux. Citons la brebis ou l’agneau qui symbolisent l’innocence et le sacrifice, le poisson ou encore la colombe messagère de l’Esprit Saint.
Les oiseaux représentent le plus souvent un pouvoir de liaison avec Dieu, et symbolisent les états supérieurs de l’être se rapprochant des sphères spirituelles. Les animaux terrestres représenteront l’expression de la matière.
Les animaux entrent aussi dans les représentations symboliques de l’Evangile.
Chaque évangéliste est associé à un animal. Il s’agit de l’aigle de Saint Jean, le lion de Saint Marc, Le bœuf de Saint Luc et l’homme de Saint Mathieu. La nature fait partie de l’harmonie universelle et, au-delà de leur valeur décorative,
les animaux ont une signification symbolique.
Dans les bestiaires, les auteurs créent une faune mystique où se mêlent animaux réels et imaginaires pour représenter allégoriquement les vertus, les vices, les passions ou illustrer l’histoire des Saints et du Christ.

L’ART DE GEOMETRIE
Sur le manuscrit de Villard de Honnecourt nous trouvons sur les folios 35-36-et 38 des descriptions d’animaux servant à tracer des figures ou même des dessins comme moyen mnémotechnique. Parmi ceux-ci le cerf, le chien, le lion, le mouton, le sanglier et l’aigle forment des lignes directrices permettant de déterminer des formes et mêmes de réaliser des agrandissements. Par le biais de la mémoire par l’image ils pouvaient retenir des théorèmes  simples par la réalisation de ces figures
Le cheval : la tête de l’animal sert ici à la réalisation du triangle équilatéral dont l’œil formera le centre de la figure
Le mouton : permettra de trouver le carré long ou rectangle d’or
Le cerf : ou semblable à la précédente figure ou la surface du cercle sera de 5 fois celle du cercle inscrit dans le carré central.
Le chien: cette figure assez énigmatique serait pense-t-on un exercice de pliage comme ceux importés des arabes d’ou ils étaient connus de puis le IIIé siècle.
Le sanglier : enfin servirait de repère pour tracer un angle droit grâce au triangle dit « égyptien ».

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